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ONF : crise du travail, crise environnemental

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Il y a quelques années, nous réalisions un billet sur l’ONF et la crise qui frappe cette institution. Rien ne semble s’être amélioré depuis.  Le récent article de La Relève et La Peste qui cite l’article de Bastamag révèle une crise grave et profonde au sien de l’ONF ayant provoqué 40 suicides depuis 2002, soit 15 depuis 2012. Bastamag relate également l’homicide d’un DRH par un agent, qui s’est ensuite donné la mort. Aucune autre entreprise ou institution française ne vit à ma connaissance une crise d’une telle ampleur.

L’ONF est dirigé par un conseil d’administration dont les membres et le président sont nommés par le gouvernement. L’actuel président a été nommé le 21 septembre 2016. Elle applique donc la politique de l’état.

Les agents de l’ONF ont organisé une grande marche se déroulant en France durant les mois de septembre et octobre 2018. Cette marche a pour but de lutter contre « la privatisation de la gestion des forêts publiques et l’industrialisation de la forêt ».

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Ils écrivent dans l’argumentaire de la marche :

« Au-delà de cette action d’information, cette marche va chercher à fédérer, à faire converger toutes les énergies déployées, localement ou nationalement, pour défendre la forêt et les services, aujourd’hui menacés, qu’elle rend dans l’intérêt général. La marche visera également à présenter les alternatives à la gestion industrielle de la forêt que les gouvernements successifs et les lobbies financiers entendent imposer. 
Ce sera aussi l’occasion de proposer à chaque citoyen différents moyens d’agir et de s’investir utilement pour défendre le bien commun et pour faire progresser une gestion respectueuse des écosystèmes forestiers dans l’intérêt des générations futures. »

Cette crise est marquée par une opposition entre une logique de service publique visant à conserver des essences et des arbres anciens, avec l’ensemble de la biodiversité qui y est attaché et une logique marchande visant à favoriser des essences ayant le plus haut rendement et à prélever sans une prise en compte suffisante du renouvellement des ressources afin de servir en particulier le secteur énergétique.

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Un agent de l’ONF marque un arbre mort d’un triangle pour être conservé car plusieurs espèces y habitent.

L’ONF elle-même affirme sur son site que la forêt est le principal réservoir de biodiversité. La France a des engagements en matière de biodiversité. La stratégie nationale pour la biodiversité est issue de la Convention sur la Diversité Biologique ratifiée par la France en 1994 et 92 autres pays. La France a même récompensé l’ONF en 2013 (33 lauréats cette année-là) :

  • « Établissement public / Office national des forêts (ONF) : « L’engagement 2013-2016 de l’Office national des forêts : des actions dédiées à la biodiversité dans une politique globale de gestion durable et multifonctionnelle des forêts publiques ». En cohérence avec le contrat d’objectifs et de performance 2012-2016 entre l’État, l’ONF et la Fédération nationale des communes forestières, l’ONF engage des actions volontaires, partenariales et exemplaires de prise en compte de la biodiversité dans la gestion durable et multifonctionnelle conduite dans les forêts publiques françaises (4,7 millions d’hectares en métropole et près de 6 millions d’hectares dans les DOM).« 

Dans le contrat d’objectifs et de performance 2016-2020 de l’ONF, plusieurs pages sont consacrées à la biodiversité. On peut y lire :

« Les forêts publiques abritent des habitats naturels et des espèces remarquables ayant justifié la mise en place de réserves biologiques ou soutenues par un plan national d’actions (PNA). 

[…]

L’ONF mettra en œuvre les plans nationaux d’action (PNA) qui le concernent en fonction des financements dont il bénéficiera à cet effet. »

Cela n’apparait pas vraiment comme une priorité pour l’institution…
Il nous semble surtout exister une contradiction certaine entre ces engagements et le vécu actuel des agents de l’ONF… montrant une intrication forte entre des enjeux de santé au travail et des enjeux environnementaux au travers des valeurs portées par les différents acteurs en présence.

 

 

 

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Travail des femmes : travail à risque

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Dans « Photographie statistique des accidents de travail, des accidents de trajet, et des maladies professionnelles en France selon le sexe entre 2001 et 2015 » paru en mars 2017, l’ANACT fait le point sur 3 indicateurs courant de santé au travail :

  • les accidents du travail,
  • les accidents de trajet,
  • les maladies professionnelles.

Les évolutions globales de ces indicateurs en France sur la période 2001 à 2015 sont les suivantes :

  • les accidents du travail (nombre) : -15,3 %
  • les accidents du travail (taux de fréquence) : -11.3 %
  • les accidents de trajet (nombre) : +0.1 %
  • les maladies professionnelles (nombre) : +110,4 %

On notera un fait bien connu : l’explosion des maladies professionnelles sur cette période liée au troubles musculosquelettiques (TMS). La reconnaissance des risques psychosociaux (RPS) n’ayant pas aboutie, ils ne sont pas comptabilisés ici. Côté accidents du travail, la situation s’améliore pour l’ensemble de la population active.

Les évolutions de ces indicateurs sur la période 2001 à 2015 pour les femmes sont les suivantes :

  • les accidents du travail (nombre) : +28 %
  • les accidents du travail (taux de fréquence) : +6.2%
  • les accidents de trajet (nombre) : +16.3 %
  • les maladies professionnelles (nombre) : +155 %

Les chiffres montrent ici une tendance bien différente pour les accidents du travail que ce soit en nombre et en gravité. Ils augmentent pour les femmes alors qu’ils diminuent en moyenne. Les accidents de trajet des femmes augmentent également alors qu’ils stagnent en moyenne. Quand aux maladies professionnelles, l’explosion de leur nombre est encore plus importante pour les femmes qu’en moyenne. La moyenne cache donc des réalités bien différentes en fonction du genre. Un article du Monde avait déjà fait le point sur ce sujet en 2014.

La branche d’activité où les AT explosent pour les femmes est « les activités de services (santé, nettoyage et travail temporaire) » avec +81% alors que le taux des hommes diminuent de 28,4%. Les maladies professionnelles des femmes augmentent de plus de 300% dans ce même secteur mais également dans celui du « commerce non alimentaire » et de « l’industries des transports, de l’eau, de l’énergie et des communications ».

En conclusion, les auteurs expliquent ces différences par trois facteurs : une exposition différenciée liée à des métiers distincts, une sous-évaluation des risques et pénibilités dans les secteurs à prédominance féminine et des parcours différents pouvant favoriser pour les femmes de multiples expositions.

Je vais vous renvoyer à la lecture de la revue PISTES qui a consacré un numéro spécial à la question du genre en ergonomie. Si vous souhaitez quelque chose de plus court, voici un article de Sandrine Caroly de 2009 qui est une bonne synthèse de la problématique. Et pour quelque chose d’encore plus court, vous pouvez relire notre article consacré au symposium de la SELF « Ergonomie et genre : agir sur les processus d’intervention » en 2013.

IEA 2018 : bilan

Le congrès d’ergonomie de Florence s’est terminé jeudi dernier. Il fut une réussite en terme de fréquentation et également d’organisation.

Les soumissions vinrent du monde entier comme le montre l’image ci-dessous (issue de la cérémonie d’ouverture). Notez la vivacité de l’ergonomie en Amérique Latine qui se paye le luxe de dépasser l’Amérique du Nord.

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Ce sont pas moins de 1012 publications dans les actes qui représentent l’ergonomie dans 68 pays du monde en 2018.

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J’ai fait quelques recherches de mots-clés dans le programme. Cela ne dit rien de bien précis, je l’avoue, mais néanmoins, cela dit quelque chose des thèmes les plus présents. Reste à avoir quoi !

  • « ergonom » (ergonomie) : 440 occurrences. Comme quoi ce petit exercice dit tout de même quelque chose de juste !
  • « design » (conception) : 302 occurrences. Il s’agit de toutes les formes de conception : des méthodes, des produits, des situations de travail… le terme est générique et appliqué diversement.
  • « musculoskeletal » (musculo-squelettique) : 71 occurrences. Les TMS ont encore une place de choix dans le congrès autant que dans les statistiques de maladies professionnelles dans le Monde.
  • « activit » (activité) : 82 occurrences. Le terme « activité » prends des formes bien diverses. Il peut s’agit de l’activité physique, d’une activité particulière, d’une partie du terme « interactivité » (lié à l’IHM) ou de l’activité au sens des ergonomes de langue française. Dans ce dernier cas, nous avions souvent à faire à des sessions où les chercheurs et praticiens francophones et d’Amériques Latines étaient majoritaires et/ou organisateurs.
  • « sustan » (durable/soutenable) : 46 occurrences. Un des grands thèmes de ce congrès dédié à l’ergonomie du futur. Le travail soutenable a fait l’objet de nombreuses sessions mais il a aussi été question de l’ergonomie en lien avec les problématiques environnementales.
  • « organization » (organisation) : 32 occurrences.
  • « management » (encadrement) : 26 occurrences. Il s’agit d’un sujet qui est de plus en plus présent dans la recherche comme dans l’intervention des consultants.
  • « prevention » (prévention) : 19 occurrences.
  • « gender » (genre) : 13 occurrences. Les communications sur le genre étaient bien présentes dans ce congrès… beaucoup plus que les femmes sur la scène de la cérémonie d’ouverture !
  • « interact » (interactions/interactivité) : 10 occurrences. Eh oui, pas plus. IEA reste très largement centré sur le travail.
  • « psychos » (psychosocial) : 5 occurrences. Ce sujet apparaît peu nommé ainsi en tout cas. Sur ces 5 communications, trois sont liés au TMS et à la recherche de facteurs psychosociaux.
  • « disabilit » (handicap) : 3 occurrences. Le sujet a fait l’objet de peu de communications : tout le contraire du congrès de Récife (2012) où l’accessibilité et les situations de handicap au travail intéressaient nombre de chercheurs.

On le voit, l’ergonomie dans le monde entier a pris un virage pour fortement questionner  l’organisation du travail en lien avec les problématiques de santé, en particulier les TMS. La forte présence européenne à ce congrès explique aussi une partie de ce constat. La question du rôle de l’ergonomie concernant le développement durable se pose aussi fortement aujourd’hui en particulier au travers de la soutenabilité du travail.

[Série] Misaeng

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Misaeng est une série qui nous dépeint l’univers des grands groupes en Corée du Sud. L’univers décrit est très dur et le personnage principal, Geu-rae va se transformer à son contact sur fond de pratique du jeu de go. L’acteur qui l’interprète est excellent, comme l’ensemble des acteurs de la série.

Si la série a parfois quelques lourdeurs scénaristiques, les personnages sont dans leur majorité d’une grande finesse et au delà de l’entreprise, c’est toute la Corée du Sud au travail que l’on entrevoit en les suivant. Que ce soit les relations ou les sentiments, tout est emprunt de subtilités et les clichés sont savamment évités.

J’ai adoré.

La série est actuellement proposée sur Netflix.

Le comité sociale et économique (CSE) en 100 questions

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Vous n’avez pas le courage de lire les ordonnances du gouvernement Macron sur le travail pour connaitre mieux le CSE ? Le ministère du travail et de l’emploi a mis en ligne un document de synthèse construit autour de 100 questions sur le fonctionnement du comité sociale et économique (CSE). Il n’y a rien de nouveau dans ce document mais c’est bien plus digeste à lire.

[Site] Carnet de bord d’une ergonome

carnetdebordergonome© Marion Philippa Gras Gentiletti

Ami-e-s ergonomes et non ergonomes, allez lire ces quelques planches.

Elles intéresseront avant tout les ergonomes car elles leur parleront de leur discipline avec finesse et sensibilité.

Pourtant, les talents graphique et narratif de Marion Philippa Gras Gentiletti sont tels que cet intérêt dépassera, je pense, de très loin la seule communauté des ergonomes. Les cinq premiers chapitres sont vraiment réussis.

A suivre !

[Le Monde] Emploi et handicap : pour des entreprises plus inclusives

Dans l’édition du Monde du mercredi 14 mars, quatre pages font le point sur la politique en faveur de l’emploi des personnes en situation de handicap en France. Le constat global est sans appel :

… la France s’avère moins inclusive que la plupart des pays de l’ouest de l’Europe, qu’il s’agisse des pays scandinaves, toujours à l’honneur en matière de politique sociale, mais aussi de l’Autriche ou de l’Allemagne. Quant au Royaume-Uni, si sa politique est moins généreuse ­financièrement, elle est en revanche plus efficace pour inclure les handicapés dans la vie active.

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Schéma issu de l’article « En France, les actifs en situation de handicap sont deux fois plus au chômage que la moyenne nationale » (Le Monde)

Le problème ? Selon l’article, la politique française est bien trop construite sur la compensation du handicap : la loi de 2005 a en effet ouvert un droit à la compensation. L’article précise :

Or, il semble qu’il y ait désormais un consensus au sein des pays développés pour mener des politiques qui ne soient plus seulement compensatoires, mais inclusives.

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Schéma issu de l’article « En France, les actifs en situation de handicap sont deux fois plus au chômage que la moyenne nationale » (Le Monde)

La formation initiale et continue, tout comme l’accès à l’emploi posent selon l’article de nombreuses difficultés pour les personnes en situation de handicap. Néanmoins, même les personnes ayant accédé à l’emploi sont en difficulté et la question du maintien de leur emploi se pose. Ainsi, dans une enquête de l’Observatoire des discriminations citée par Le Monde, ces difficultés ressortent nettement :

…72 % des personnes handicapées interrogées n’étaient pas du tout satisfaites de leur situation professionnelle, 23 % se déclarant même désespérées…

La discrimination des personnes en situation de handicap est un facteur important de ce mal-être comme le précise l’article.

Néanmoins, il n’est surement pas le seul. En effet, nombre d’ergonomes pointent depuis plusieurs années les limites d’une approche par la compensation lors de l’aménagement des situations de handicap au travail. Sandrine Nahon qualifie cette démarche de « culture des solutions plaquées » dès 2003 lors du 7ème congrès du GEDER. Nous avons nous-mêmes réalisé un mini-site (handicap & travail) pour promouvoir des interventions en ergonomie qui aillent au-delà, afin de proposer une approche véritablement constructive qui ne se contente pas de mettre en face des déficiences des mesures techniques, ou, parfois, organisationnelles. Le frein principal vient essentiellement des financeurs qui voient encore trop souvent les ergonomes comme des techniciens, des professionnels de la solution. Ils dimensionnent ainsi bien trop souvent les études à minima sur l’unique critère de la compensation : il est en effet bien plus rapide, donc moins cher, de mettre en place une « solution » technique que de développer avec la personne en situation de handicap un projet complet sur le long terme, seul capable d’une intégration durable.

Liens vers les articles du Monde :