Archives de Catégorie: Lecture

[Presse] Article du monde et réflexions sur la notoriété

photo

Le Monde nous propose un article sur le métier d’ergonome « Devenir ergonome : l’humain d’abord ». Il brosse un portrait succinct mais multiple : approche des ergonomes, méthodes de travail des ergonomes, formations et de notoriété du métier. Il s’agit d’une bonne introduction pour qui souhaite découvrir ce métier.

Le journal a choisi de consacrer 1/3 de son article à la question de la notoriété. Pourquoi pas, ce n’est en effet par le métier le plus connu. Cela m’interroge directement sur l’illustration de l’article lui-même. Je remarque que souvent le métier d’ergonome est illustrée par une photo d’ouvrier. Ce qui est le cas ici (ci-dessous l’illustration de l’article du Monde) :

5079541_6_90a3_dans-une-usine-de-la-region-nantaise-le-16_fc7d63cd03ed4a53a80c59c4059defcf

Souvent le travail d’un professionnel est illustré par une photographie de son activité de travail. Pourquoi ne pas montrer alors un ergonome en action ? Souvent, il s’agira de la photographie d’une personne entrain d’écrire debout s’il est sur site ou assis s’il est en entretien ou à son bureau. Il pourrait alors s’agir de la représentation de beaucoup d’autres métiers et la photographie s’avérera aussi peu discriminante que susceptible d’attirer l’attention.

Le travail d’un professionnel peut également être illustré par le résultat de son travail (pâtissier / pâtisserie par exemple). L’activité des ouvriers ou d’autres opérateurs n’est pourtant pas le résultat du travail des ergonomes, mais leur objet principal et premier d’étude. Il parait pourtant assez difficile de photographier le résultat du travail des ergonomes (cahier des charges, restitution…).

 

Il y a donc un vrai défi pour rendre visible ce métier : être en capacité de le représenter. Une solution pourrait être que l’ouvrier de la photographie ci-dessus soit observé par un individu qui prend des notes. Associer visuellement systématiquement l’ergonome à l’objet de son étude apparaît être un bon début.

Dans le cinéma, une des rares représentations d’ergonome vient du film Kitchen Stories. L’individu n’est pas officiellement un ergonome et l’approche est celle d’une comédie, néanmoins son activité correspond à celle d’un ergonome travaillant pour un concepteur de cuisine scandinave et … qui serait très en avance sur son temps.

18365555

On vaut mieux que ça et le GESTES

L’initiative #OnVautMieuxQueCa fait réaction au projet de loi de réforme du droit du travail du gouvernement Valls en 2016. Elle est  Il s’agit de donner la parole à tout un chacun concernant son travail.

Nous avions déjà fait un billet sur tous ces récits du travail. La particularité de l’initiative On vaut Mieux que ça est qu’elle est portée par une poignée de Youtubeurs célèbres, ou moins célèbres. Ils ont une puissance de frappe en matière de communication qui est considérable. A ce jour, ils auraient reçus des milliers de témoignages.

Cette démarche est souvent décriée. Quelle validité a-t-elle ? Qui vérifie les témoignages ? Quel est l’intérêt de témoignages brefs ou superficiels ? …etc.

Un récent article du GESTES (groupement d’étude sur le travail et la souffrance au travail) répond indirectement en grande partie à ces questions. Extraits.

La première raison, d’ordre scientifique, semble une évidence. Pour penser le travail, il faut d’abord le décrire. Et pourtant « les études d’ethnographe du travail » ne sont pas si nombreuses qu’on pourrait le penser, comme le notent les auteurs d’Observer le travail. 

[…]

Raconter le travail, c’est aussi une façon de le transformer. On peut envisager ces prises de parole dans une optique d’émancipation : parler est une première étape pour se libérer, révéler au grand jour les non-dits, faire reconnaître cette part invisible de l’activité qui n’entre pas dans les consignes : « On fait toujours plus et mieux que ce qu’on nous dit de faire. » 

[…]

Enfin, les managers et les décideurs ont eux aussi un intérêt à rendre le travail plus visible. Pierre-Yves Gomez, professeur à l’EM-Lyon, explique dans Le Travail invisible que la financiarisation de l’économie (qui découple la production de l’investissement), la mondialisation (qui éloigne les centres de production des centres de décision) et le management du travail (fondé sur une évaluation chiffrée) ont complètement coupé le manager de la connaissance du travail concret.

Alors, oui, les témoignages recueillis par OnVautMieuxQueCa sont souvent peu construits, sommaires ou trop spécifiques. Néanmoins, ils donnent à voir à leur façon le travail, avec l’efficacité d’un Hashtag ou de Snapshat. Et c’est déjà beaucoup.

[Revue] Hesamah #12 – Femmes au travail : en quête de reconnaissance

hesamag_detailHesaMag a réalisé fin 2015 un numéro dédié à la question du genre : à savoir l’égalité entre les hommes et les femmes au travail.

Le numéro est riche : analyse du problème, portraits, exemples concrets d’actions en faveur de l’égalité de genre… etc. Le numéro nous brosse article après article une photographie des femmes au travail en Europe.

La journée de la femme nous donne ainsi une nouvelle occasion de vous recommander cette excellente revue, qui plus est sans aucune publicité

Des récits de travail de plus en plus nombreux

Nous avions déjà parlé de l’initiative Le Travail au Corps sur Rue89 : des entretiens avec des salariés menés par des journalistes. Santé & Travail a consacré un numéro à la parole sur le travail en 2014. A croire qu’il a été mis en application puisque Le Monde a en effet mis en ligne un article recensant de récentes initiatives de ce type. Le titre de l’article est évocateur : Raconter le travail réel.

Le site Raconter la Vie hébergent de nombreux témoignages : il ne s’agit plus ici d’entretiens mais de récits de vie professionnelle, du même type que le livre Moi, Anthony, ouvrier d’aujourd’hui dont nous parlions il y a plusieurs mois. Le site Raconter le Travail propose la même chose pour l’éducation nationale.

Dire le Travail est une jeune coopérative crée afin de libérer la parole sur le travail. Leur site diffuse des témoignages de travailleurs.

Complétons le tableau du Monde : Etonnants Travailleurs choisit une expression plus directe puisqu’ils ont organisé une rencontre les 9/10 octobre dernier avec au menu des témoignages de salariés et les réactions de professionnels du travail sous forme de débat. L’approche est ancrée dans l’ergonomie et l’ergologie.

Pour mémoire, une infographie de l’ANACT réalisé en juin 2015 pour la semaine de la qualité de vie au travail sur l’expression sur le travail.

 

Philippe Davezies, les certificats médicaux et le travail

certifPhilippe Davezies a rédigé un article dont le nom dit tout : Sur les attaques contre les certificats médicaux dans le contexte des atteintes professionnelles à la santé mentale.

Assez technique, l’article mérite pourtant l’attention de tous : médecins, salariés, direction, conseil de l’ordre, citoyens et j’en oublis surement. Il expose clairement la difficulté que rencontre les médecins aujourd’hui à réaliser des certificats médicaux faisant un lien entre santé et travail (avec l’enjeu de la reconnaissance en maladie professionnelle) en particulier pour les RPS (Risques Psychosociaux).

Nous nous permettons de copier partiellement la conclusion ci-dessous :

Dans un contexte aussi flou, le fait que des praticiens s’exposent en donnant les arguments sur lesquels ils fondent leur avis témoigne plutôt, de leur part, d’un souci de rigueur professionnelle.[…]
En posant le problème de cette façon, il est possible de développer un argumentaire pour la défense des collègues incriminés. Au contraire l’attitude qui consiste à contourner, comme sans importance, la question de la forme des certificats – et donc à ne pas porter la discussion sur le nœud de contradictions qu’elle constitue – incitera nécessairement la juridiction administrative à sanctionner pour maintenir les exigences générales qui garantissent la valeur probante des certificats.
Mais surtout, cela permet de traiter l’affaire comme un problème de travail : problème de travail pour les médecins, mais aussi exigence de travail sur ses propres normes par le conseil de l’ordre.
[…]
Au contraire, en ne posant pas la question comme un problème de travail, mais en la situant d’emblée dans le registre de l’affrontement social, la montée en généralité tend à transformer la déclaration de pathologie professionnelle en une activité héroïque. C’est un résultat qu’il est absolument nécessaire d’éviter, car nous avons besoin de professionnels, pas de martyrs.

Mine de rien, au travers de ce problème essentiel de santé publique, P.Davezies illustre l’importance de parler du travail pour trancher de choix de société. A méditer.

[Presse] Birmanie : les mines de rubis

Photo issue de l'article de l'Express

L’express propose un article plutôt riche sur l’exploitation du rubis en Birmanie. On se doute que les conditions de travail ne sont pas formidables et l’article ne peut que le confirmer. Néanmoins, il développe bien d’avantage ce sujet de l’exploitation du rubis dans ce pays en plein bouleversement.

Une vidéo complète l’écrit et montre le travail dans ces mines.

Photo issue du site de l’Express.

 

 

[Livre] Moi, Anthony, ouvrier d’aujourd’hui

Moi, Anthony, ouvrier d’aujourd’huiCe livre est écrit par un homme sans nom. Comme ces candidats à la téléréalité, il n’a qu’un prénom. Au contraire de ces candidats, il a beaucoup de choses à dire sur la réalité.

En 70 pages écrites bien gros, nous découvrons le parcours d’une personne allergique à l’enseignement et qui va tenter de trouver sa place dans la logistique. Un destin comme il doit en exister des centaines.

Comme vous venez sur ce blog, je sais que de toutes façons, ce n’est pas la rhétorique qui vous intéresse. Heureusement, la force de ce livre est ailleurs. L’auteur possède une jolie capacité d’analyse enracinée dans le réel.

Jugez plutôt de ce qu’il dit des entrepôts : Dans les toutes petites boites – j’en ai fait plusieurs – c’est souvent un peu le bordel, il faut le dire. Les allées peuvent être mal agencées, l’emplacement des racks pas toujours rationnel. La contrepartie est que ça te donne une certaine marge de liberté. […]. La superorganisation joue […] pour réduire l’autonomie des caristes, c’est pour ça que j’ai toujours mieux aimé les petites boites.

En un paragraphe, le monsieur a réglé son compte au Lean et ses avatars en mettant le doigt précisément là où il faut : les marges de manœuvre.

Je ne peux que vous inviter à lire ce livre, rien que pour le soutenir et peut être faire en sorte que le monsieur ait un jour un nom.