Archives de Catégorie: Lecture

[Le Monde] Emploi et handicap : pour des entreprises plus inclusives

Dans l’édition du Monde du mercredi 14 mars, quatre pages font le point sur la politique en faveur de l’emploi des personnes en situation de handicap en France. Le constat global est sans appel :

… la France s’avère moins inclusive que la plupart des pays de l’ouest de l’Europe, qu’il s’agisse des pays scandinaves, toujours à l’honneur en matière de politique sociale, mais aussi de l’Autriche ou de l’Allemagne. Quant au Royaume-Uni, si sa politique est moins généreuse ­financièrement, elle est en revanche plus efficace pour inclure les handicapés dans la vie active.

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Schéma issu de l’article « En France, les actifs en situation de handicap sont deux fois plus au chômage que la moyenne nationale » (Le Monde)

Le problème ? Selon l’article, la politique française est bien trop construite sur la compensation du handicap : la loi de 2005 a en effet ouvert un droit à la compensation. L’article précise :

Or, il semble qu’il y ait désormais un consensus au sein des pays développés pour mener des politiques qui ne soient plus seulement compensatoires, mais inclusives.

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Schéma issu de l’article « En France, les actifs en situation de handicap sont deux fois plus au chômage que la moyenne nationale » (Le Monde)

La formation initiale et continue, tout comme l’accès à l’emploi posent selon l’article de nombreuses difficultés pour les personnes en situation de handicap. Néanmoins, même les personnes ayant accédé à l’emploi sont en difficulté et la question du maintien de leur emploi se pose. Ainsi, dans une enquête de l’Observatoire des discriminations citée par Le Monde, ces difficultés ressortent nettement :

…72 % des personnes handicapées interrogées n’étaient pas du tout satisfaites de leur situation professionnelle, 23 % se déclarant même désespérées…

La discrimination des personnes en situation de handicap est un facteur important de ce mal-être comme le précise l’article.

Néanmoins, il n’est surement pas le seul. En effet, nombre d’ergonomes pointent depuis plusieurs années les limites d’une approche par la compensation lors de l’aménagement des situations de handicap au travail. Sandrine Nahon qualifie cette démarche de « culture des solutions plaquées » dès 2003 lors du 7ème congrès du GEDER. Nous avons nous-mêmes réalisé un mini-site (handicap & travail) pour promouvoir des interventions en ergonomie qui aillent au-delà, afin de proposer une approche véritablement constructive qui ne se contente pas de mettre en face des déficiences des mesures techniques, ou, parfois, organisationnelles. Le frein principal vient essentiellement des financeurs qui voient encore trop souvent les ergonomes comme des techniciens, des professionnels de la solution. Ils dimensionnent ainsi bien trop souvent les études à minima sur l’unique critère de la compensation : il est en effet bien plus rapide, donc moins cher, de mettre en place une « solution » technique que de développer avec la personne en situation de handicap un projet complet sur le long terme, seul capable d’une intégration durable.

Liens vers les articles du Monde :

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[A lire] Travail. Combats et Utopies

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Le Monde Diplomatique vient d’éditer un numéro consacré au travail, abordant celui-ci sous les angles sociologique, historique et économique. Ce numéro est très ancré dans l’actualité française de la réforme du code du travail, tout en prenant du recul en traitant également les transformations passées et à venir.

Je ne l’ai pas lu, n’hésitez pas à faire des retours en commentaire.

[Articles] The conversation : sur la réforme du code du travail par ordonnances

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The conversation a consacré ces derniers mois plusieurs articles à la réforme du code du travail par ordonnances du 22 septembre 2017 (pour les consulter, les ordonnances, c’est ici).

La démocratisation du travail

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Alors que l’affaiblissement de la représentation salariale par les élus du personnel sert de feuille de route au gouvernement, la question de la démocratisation du travail semble être davantage dans l’air du temps au vue des publications actuelles.

Une récente BD d’Emma sur son blog aborde d’une façon personnelle le problème de la démocratisation du travail : partant de son expérience, elle explique que tant que les salariés ne sont pas suffisamment décisionnaires, les entreprises risquent de continuer à être des outils de production de richesse et uniquement cela.

Un tout aussi récent article de Dominique Méda dans Libération (re)pose les termes du débat, montrant que la démocratisation du travail n’est pas un privilège à accorder aux salariés mais une conséquence logique sur le plan moral.

Un article de Paul-André Lapointe, également récent, dans les cahiers de la recherche sociologique décrit les évolutions organisationnelles de trois usines d’un même groupe au Québec. Il dresse ainsi un tableau de plusieurs types de compromis sociaux possibles dans les entreprises. Ces évolutions restent timides au regarde de ce qui peut exister aujourd’hui (dans les « entreprises libérées » par exemple), mais elles peuvent parfaitement se retrouver dans nombre d’usines en France.

Les deux premiers documents occupent chacun la face d’une même pièce : la question de la démocratisation du travail est en effet extrêmement liée à celle du sens du travail. Nous savons aujourd’hui (par exemple dans le travail de Yves Clos), que , plus qu’un impératif moral ou de justice, il s’agit d’un impératif de santé. Le troisième document rend bien compte de l’étendue et de la difficulté du chemin à parcourir. Cela tombe bien, Thomas Piketty a (récemment) rédigé un article sur son blog concernant l’ouverture du capital aux salariés et il en fait une question éminemment d’actualité.

 

L’image est issue du blog d’Emma qui s’est fait connaitre récemment sur le sujet de la charge mentale des femmes.

[Presse] Article du monde et réflexions sur la notoriété

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Le Monde nous propose un article sur le métier d’ergonome « Devenir ergonome : l’humain d’abord ». Il brosse un portrait succinct mais multiple : approche des ergonomes, méthodes de travail des ergonomes, formations et de notoriété du métier. Il s’agit d’une bonne introduction pour qui souhaite découvrir ce métier.

Le journal a choisi de consacrer 1/3 de son article à la question de la notoriété. Pourquoi pas, ce n’est en effet par le métier le plus connu. Cela m’interroge directement sur l’illustration de l’article lui-même. Je remarque que souvent le métier d’ergonome est illustrée par une photo d’ouvrier. Ce qui est le cas ici (ci-dessous l’illustration de l’article du Monde) :

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Souvent le travail d’un professionnel est illustré par une photographie de son activité de travail. Pourquoi ne pas montrer alors un ergonome en action ? Souvent, il s’agira de la photographie d’une personne entrain d’écrire debout s’il est sur site ou assis s’il est en entretien ou à son bureau. Il pourrait alors s’agir de la représentation de beaucoup d’autres métiers et la photographie s’avérera aussi peu discriminante que susceptible d’attirer l’attention.

Le travail d’un professionnel peut également être illustré par le résultat de son travail (pâtissier / pâtisserie par exemple). L’activité des ouvriers ou d’autres opérateurs n’est pourtant pas le résultat du travail des ergonomes, mais leur objet principal et premier d’étude. Il parait pourtant assez difficile de photographier le résultat du travail des ergonomes (cahier des charges, restitution…).

 

Il y a donc un vrai défi pour rendre visible ce métier : être en capacité de le représenter. Une solution pourrait être que l’ouvrier de la photographie ci-dessus soit observé par un individu qui prend des notes. Associer visuellement systématiquement l’ergonome à l’objet de son étude apparaît être un bon début.

Dans le cinéma, une des rares représentations d’ergonome vient du film Kitchen Stories. L’individu n’est pas officiellement un ergonome et l’approche est celle d’une comédie, néanmoins son activité correspond à celle d’un ergonome travaillant pour un concepteur de cuisine scandinave et … qui serait très en avance sur son temps.

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On vaut mieux que ça et le GESTES

L’initiative #OnVautMieuxQueCa fait réaction au projet de loi de réforme du droit du travail du gouvernement Valls en 2016. Elle est  Il s’agit de donner la parole à tout un chacun concernant son travail.

Nous avions déjà fait un billet sur tous ces récits du travail. La particularité de l’initiative On vaut Mieux que ça est qu’elle est portée par une poignée de Youtubeurs célèbres, ou moins célèbres. Ils ont une puissance de frappe en matière de communication qui est considérable. A ce jour, ils auraient reçus des milliers de témoignages.

Cette démarche est souvent décriée. Quelle validité a-t-elle ? Qui vérifie les témoignages ? Quel est l’intérêt de témoignages brefs ou superficiels ? …etc.

Un récent article du GESTES (groupement d’étude sur le travail et la souffrance au travail) répond indirectement en grande partie à ces questions. Extraits.

La première raison, d’ordre scientifique, semble une évidence. Pour penser le travail, il faut d’abord le décrire. Et pourtant « les études d’ethnographe du travail » ne sont pas si nombreuses qu’on pourrait le penser, comme le notent les auteurs d’Observer le travail. 

[…]

Raconter le travail, c’est aussi une façon de le transformer. On peut envisager ces prises de parole dans une optique d’émancipation : parler est une première étape pour se libérer, révéler au grand jour les non-dits, faire reconnaître cette part invisible de l’activité qui n’entre pas dans les consignes : « On fait toujours plus et mieux que ce qu’on nous dit de faire. » 

[…]

Enfin, les managers et les décideurs ont eux aussi un intérêt à rendre le travail plus visible. Pierre-Yves Gomez, professeur à l’EM-Lyon, explique dans Le Travail invisible que la financiarisation de l’économie (qui découple la production de l’investissement), la mondialisation (qui éloigne les centres de production des centres de décision) et le management du travail (fondé sur une évaluation chiffrée) ont complètement coupé le manager de la connaissance du travail concret.

Alors, oui, les témoignages recueillis par OnVautMieuxQueCa sont souvent peu construits, sommaires ou trop spécifiques. Néanmoins, ils donnent à voir à leur façon le travail, avec l’efficacité d’un Hashtag ou de Snapshat. Et c’est déjà beaucoup.

[Revue] Hesamah #12 – Femmes au travail : en quête de reconnaissance

hesamag_detailHesaMag a réalisé fin 2015 un numéro dédié à la question du genre : à savoir l’égalité entre les hommes et les femmes au travail.

Le numéro est riche : analyse du problème, portraits, exemples concrets d’actions en faveur de l’égalité de genre… etc. Le numéro nous brosse article après article une photographie des femmes au travail en Europe.

La journée de la femme nous donne ainsi une nouvelle occasion de vous recommander cette excellente revue, qui plus est sans aucune publicité