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C’est confidentiel !

314900Voici le film qui a fait entrer début 2016 de façon explicite les ergonomes dans le panthéon des professions martyrisées par le cinéma.

Cela a provoqué un débat sur [Ergoliste] et a incité la SELF (Société d’Ergonomie de Langue Française) à faire un billet sur le sujet. Sur Ergoliste, Eric Brangier a relevé les manquements à la méthodologie et à la déontologie des ergonomes. Sur cette même liste, Jean Schram a défendu l’idée qu’il s’agit d’une forme de reconnaissance ; le cinéma maltraitant de toutes façons régulièrement de nombreux métiers.Tout était dit.

Il m’a fallu un an pour voir le film d’Olivier Loustau sorti récemment en DVD.  L’ergonome du film a une activité qui tient d’avantage de la physiologie du travail que de l’ergonomie d’aujourd’hui. Tant pis. Ce sera déjà un grand pas pour ceux qui ne connaissent de l’ergonomie que la souris et le fauteuil ergonomiques. Et puis, il y a l’apparition de Florence Thomassin que j’apprécie beaucoup. Je me laisse séduire…

…jusqu’à ce que je tombe sur ce dialogue :

« L’ergonome : qu’est-ce que vous notez ?
L’opérateur : et vous ?
L’ergonome : c’est confidentiel ! »

« C’est confidentiel ! ». Par cette réponse, c’est tout le positionnement des ergonomes qui est remis en cause. Un ergonome sera toujours transparent sur ses prises de notes. C’est une question de déontologie mais pas uniquement. Il sera transparent car il construit, entre autres, avec les opérateurs mais également parce qu’il construit, entre autres, pour les opérateurs. Il n’a aucune raison de ne pas l’être. L’ergonome n’est pas un consultant en réorganisation comme ceux de l’excellent Violence des échanges en milieu tempéré de Jean-Marc Moutout. Ces quelques mots me font ainsi penser que le film donne une image vraiment plus dégradée que ce je pensais à l’origine de ce métier si méconnu. C’est bien dommage.

[Cinéma] Sully

Les professionnels des risques prêteront certainement plus d’intérêt que tout autre à Sully (sortie le 30/11/2016).

Le film est construit à partir de l’accident aérien qui est survenu à New York en 2009 : un avion a amerri sur la rivière Hudson après la perte de ses deux moteurs.

Pourtant, il ne s’agit pas vraiment d’un film catastrophe, où l’on suit les événements subis par les victimes. Sully place au centre du film l’enquête qui suit la catastrophe plutôt que la catastrophe elle-même.

Le film devient du coup bien plus intéressant : il questionne la simulation, le réel du travail, l’erreur humaine…etc. Il montre comment une enquête essentiellement basé sur des modélisations passe à côté du réel de la situation de travail et comment des modèles étriqués de l’homme au travail peuvent conduire à conclure à l’erreur humaine.

Beaucoup de professionnels de la santé au travail connaissent ces questions : mais qui se priverait de les revisiter dans un film de Clint Eastwood avec Tom Hanks en acteur principal ?

[Voir, voire revoir] Trepalium, la série

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Une série consacrée au travail et à l’absence de travail : c’était jeudi dernier pour les 3 premiers épisodes et ce sera jeudi prochain pour la suite (et fin) sur Arte.

Les commentaires sont très élogieux. Si l’idée de départ est séduisante, j’avoue avoir trouvé le reste du scénario peu intéressant et surtout certains acteurs à côté du rôle.

Vous pourrez vous rattraper sur Arte+7 qui propose les 6 épisodes en streaming pendant une semaine.

Ci-dessous, une chronique de Hyppolite Girardot sur la série :

 

[Cinéma] La fille du patron

La fille du patron est un film de Olivier Lousteau. Nous n’avons pas encore pu le voir mais nous vous en parlons car ce film fait actuellement le tour du milieu des ergonomes car l’héroïne est justement du métier (l’ergonomie).

La bande-annonce ci-dessous.

Et si vous voulez entendre les commentaires des ouvriers de l’usine Bel Maille (lors de l’avant-première), regardez la vidéo ci-dessous. Il s’agit de l’usine où une partie du film a été tournée et qui est malheureusement liquidée aujourd’hui.

Pour vérifier si la fille du patron travaille bien comme une ergonome, il faudra attendre la sortie en salle le 6 janvier. Le suspens est total !

[Film] C’est quoi ce travail

Soutenu par la SELF, le documentaire C’est quoi ce travail ? sortira en salle le 14 octobre. Le film de Luc Joulé et Sébastien Jousse raconte le quotidien de salarié de la filière automobile, avec les sons de Nicolas Frize comme acteur principal.

Les salles qui  diffuseront le documentaire sont répertoriées sur le site de la SELF (liste des salles).

Ci-dessous la bande-annonce et une interview des réalisateurs.

[Cinéma] La loi du marché et Deux jours, une nuit

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Dans le même week-end, j’ai eu le plaisir de visionner deux films sur le monde du travail : La loi du marché (en ce moment en salle) et Deux jours, une nuit (disponible à l’achat).

Les films, respectivement de Stéphane Brizé et des frères Dardenne, racontent l’histoire de deux personnes luttant à la frontière du monde de l’emploi et de celui du chômage. La Loi du marché est bien plus implacable et plus froid que Deux jours, une nuit, ce dernier tentant tout de même à la fin de nous donner une leçon positive. Le constat est le même pourtant dans les deux films : un rejet massif d’un monde du travail décrit comme barbare, voire monstrueux, conduisant parfois à la mort.

L’écrin est à chaque fois plein de petits détails qui font vrais, quotidiens. Avec respectivement Vincent Lindon et Marion Cotillard, ainsi que plein d’autres acteurs moins connus mais très talentueux, il n’y a aucune fausse note et bien au contraire beaucoup de moments poignants.

[Film] Le stratège : un film de baseball mais pas que !

Le Stratège

Le stratège est un film américain de 2011 réalisé par Bennett Miller et qui raconte une période de l’histoire de l’équipe des Oakland Athletics.

« Ça y est, à Ergopurmalt, ils ont perdu pied : ils nous parlent d’un film sur le baseball », vous dites-vous. Eh oui : ce film nous parle de baseball, mais surtout des personnes qui y travaillent et ce, à un moment particulier de ce sport : lorsqu’il est pénétré par les sciences de la gestion jusqu’au cœur même du jeu.

Au sein des Oakland Athletics, petite équipe du championnat américain en 2002, le problème qui se pose au début de l’histoire est que le budget dont le club dispose est 3 fois inférieur au budget nécessaire, c’est-à-dire celui des concurrents principaux. Résultats : les bons joueurs partent et il est difficile de les remplacer. Il faut réduire les coûts…

Arrive alors un économiste, Peter Brand : il prétend pouvoir faire une équipe compétitive pour bien moins cher. L’homme dispose de données de performances des joueurs, de théories à la base de modèles et de micro-ordinateurs. Les joueurs sont donc découpés en caractéristiques et la victoire en variables à atteindre. La machine tourne et le monsieur sort le meilleur rapport qualité-prix du marché : des joueurs au style bizarre, des joueurs au comportement limite, des joueurs trop vieux… etc. Le modèle gestionnaire est ainsi appliqué au base-ball.

Le « manager », Billy Beane, veut recruter les joueurs que l’économiste lui a indiqués : il se heurte alors aux hommes de terrain. Sélectionneurs et entraineurs ne comprennent pas sa méthode, faute d’explication. Ces hommes expérimentés qui disent « sentir le terrain » n’ont d’un coup plus le droit de citer mais doivent appliquer. Sans trop déflorer le film, il ressort ici une première erreur propre aux méthodes gestionnaires : des décisions descendantes, sans concertation. Les chiffres ont raison, rien ne sert de discuter.

Afin d’affiner le jeu de l’équipe, le jeu des sportifs va être analysé  par vidéo. Ceci permettra de donner de nouvelles consignes aux joueurs, consignes basées sur l’activité réelle. Quelques scènes montrent des groupes de joueurs, le manager et l’économiste entrain de discuter devant les vidéos : cela ressemble à la méthodologie d’autoconfrontation mais… non. Il semble qu’une seconde erreur propre également aux sciences de la gestion soit commise ici : l’expert n’est pas le sportif, mais le couple manager/économiste qui donne des consignes unilatérales à appliquer. Le document vidéo sert uniquement de support à l’analyse de l’erreur du joueur et à l’explication des consignes.

Ce film montre au final le fonctionnement d’une entreprise qui évacue le travail réel au profit d’une prescription basée sur des analyses statistiques. Sur le court terme, cela va marcher. Je vous laisse découvrir à quel point et ce que cela donnera sur le long terme en regardant le film.

Ci-dessous, un avant-goût avec la bande-annonce.