Dans la série « Le travail, c’est… » : aujourd’hui « Le travail, c’est la santé ! »

La série « Le travail, c’est… » s’étoffe ! Après un post déjà ancien, aujourd’hui : le travail, c’est… la santé !

Le travail, c’est… la santé !

Fruit de la riche collaboration avec son parolier Maurice Pon, cet hymne à la paresse continue de rythmer les revendications relatives au temps de travail.

En 1965, les Français tirent sur leur bride. Depuis 1956, ils ont trois semaines de congés payés -quatre dès 1962 à la Régie et dans certaines entreprises «progressistes»-, mais ça ne suffit pas. Après des débuts difficiles, les trente années d’après-guerre méritent enfin leur qualificatif de glorieuses: pas de chômage, du travail en veux-tu en voilà, et, chez les jeunes, la rage d’en profiter. Le Club Med a 15 ans, on ouvre le tunnel sous le Mont-Blanc, et les loisirs font boom.Le travail c’est la santé, raille Maurice Pon, depuis son transat d’une villa de Fayence, en Provence, entre pétanque et pastis, en reprenant cette expression usuelle. «Et la Santé, c’est une prison», enchaîne Salvador. «Non: Rien faire, c’est la conserver», reprend Maurice. Un tube s’annonce.Salvador et Pon travaillent ensemble depuis 1949. Ils ont signé Le Loup, la Biche et le Chevalier (Une chanson douce), Petit Indien, L’Abeille et le Papillon, Dans mon île… 200 titres proposés par Maurice sur des musiques de Salvador, 150 enregistrés et des tubes planétaires. Le dernier sera Dans tes yeux en 2005. Pour Maurice Pon, monté de Bordeaux à Paris rêvant d’une carrière au théâtre, Salvador incarne l’indolence. Sa voix de caramel, son accent créole, son incroyable faculté à faire sortir des mélodies de sa guitare comme si elles y dormaient bercent Pon dans des clichés de sable chaud: «Là-bas dans mon île/loin des méchants des jaloux/Je suis bien tranquille/Dans les bras de ma doudou», écrit-il pour sa première version de la Chanson douce. Salvador refuse: il ne veut pas être catalogué chanteur des îles. Mais le travail, ça lui chante: il est né à Cayenne, capitale du bagne. Déjà en 1958, il a cosigné avec Boris Vian Je peux pas travailler.

«Si la Chanson douce a été écrite en une nuit, pour Le travail c’est la santé, il a fallu six mois», dit Maurice Pon, elfe de 89 ans, dans sa grande maison de La Varenne-Saint-Hilaire, où rien n’a changé depuis les années 1950. «Avant qu’on se retrouve à Fayence, Henri m’avait fait écouter un disque américain, avec dans la musique un ding-ding-ding qui revenait comme un gimmick. “Je veux une chanson comme ça!” m’avait-il dit. Ce ding-ding-ding pour moi, c’était un forgeron qui tape. J’ai écrit une chanson sur un village où chacun travaille: “Le forgeron sur son enclume, le savetier sur son établi…” Le refrain était: “Y bossent, y bossent”». Trois mois se passent. On revoit le refrain: mais Le travail c’est la santé s’avère trop punchy pour la musique antillaise initialement prévue. Trois mois encore, avant que Salvador téléphone à Maurice et lui chante la musique qu’on connaît: «Vachement pompier, une marche militaire comme ça», dit Pon, qui chantonne: «Les prisonniers du boulot ne font pas de vieux os», avant de se mettre aux couplets sur la mélodie entendue une seule fois au téléphone: «J’ai toujours travaillé comme ça, j’ai une feuille ter­rible», dit-il en se grattant l’oreille. «Je ne compte pas les pieds, les paroles naissent toutes seules. Il faut qu’elles collent parfaitement à la musique pour avoir une chance de faire un tube.»

Traduite en anglais

«Henri a dédié sa chanson au ministère des Finances et l’a chantée mi-clown, mi-fier-à-bras. Mais sur le 45-tours Rigolo, le label de ses disques, c’était la face B. La A, c’était Dis M. Gordon Cooper, se souvient Maurice Pon. «Salvador aimait faire rire les gens, mais il ne voulait pas être enfermé dans ce rôle-là. Il disait de ses chansons drôles qu’elles étaient alimentaires. Elles lui ont beaucoup rapporté, notamment celle-ci, c’est vrai, mais de là à cracher dessus comme il le faisait à la fin de sa vie, faut pas exagérer!»À peine entendue, Le travail c’est la santé est sur toutes les lèvres. Celles des gens qui s’amusent, des gens qui se rebellent, des gens qui réclament, celles de Pierre Dac du tac au tac qui demande: «Le travail, c’est la santé… Mais à quoi sert alors la médecine du travail?» Des ouvriers en Belgique qui tiennent une grève la prennent pour rengaine. C’est l’hymne national de la paresse. Les Anglais la retournent dans tous les sens pour la traduire au mieux. La chanson est incontournable. «Les gens qui se crèvent onze mois de l’année, c’était le symbole de l’époque. C’était bien vu d’en rire », dit Maurice Pon. Dès 1966-1967, à peine plus d’un an après sa création, les donneurs de sang demandent qu’on l’adapte pour lever des vocations: Le sang c’est la santé, restera un tube éphémère. La CFDT, confrontée au travail dominical, proclame encore aujourd’hui: «Le travail, c’est la santé, le dimanche, c’est la conserver.»Pas une réflexion sur les maladies professionnelles, la durée hebdomadaire du travail, les congés payés, voire plus récemment les 35 heures ou la retraite qui n’y fasse référence. Le meilleur des devoirs de vacances est sans doute de la réviser pour la rentrée. Gageons qu’on l’entendra!

Source : Le Figaro.

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