Du cordonnier

1936 : conquête de la semaine de 40 heures

1936 : conquête de la semaine de 40 heures

En France, aujourd’hui, dans de nombreuses entreprises des salariés travaillent avec des horaires soumis aux carnets de commandes. Les entreprises proposent de plus en plus de flexibilité à leurs clients et sont elles mêmes de plus en plus souples et légères afin de limiter les coûts fixes. Vous pouvez ainsi être prévenus la veille pour le lendemain que vous aurez du travail, réaliser des heures supplémentaires pas toujours payées et parfois au pied levé ou subir des rythmes de travail fortement intenses par période.

En France, aujourd’hui, dans de nombreuses entreprises, des salariés travaillent sur des territoires de plus en plus vastes.  Les entreprises confient des secteurs géographiques de plus en plus important à de moins en moins de salariés afin d’augmenter leur productivité.  Vous pouvez ainsi être d’astreinte et devoir de plus en plus souvent sortir et ce de plus en plus longtemps, réaliser des compromis avec la sécurité lors de vos trajets en roulant plus vite ou en réalisant d’autres tâches au volant ou encore passer moins de temps avec chaque client au risque de revenir plus souvent.

Évidemment, derrière ces quelques phrases se cachent de multiples problématiques et situations,  sur lesquelles agissent bien d’autres facteurs liés à l’organisation du travail que la simple recherche de productivité ou de flexibilité. Néanmoins, je doute qu’aucun ergonome ne se félicite de ce double mouvement car ils ont un impact réel sur les conditions de travail et la sécurité des personnes.

L’ergonome est lui aussi très largement victime de ces phénomènes (sans pour autant subir une pénibilité du travail identique).  Peu de personnes s’étonne pourtant qu’un ergonome consultant travaillant en cabinet soit amené à vivre des semaines de plus de 50 heures de travail, en réalisant pourtant de nombreux déplacements et en ramenant chez lui du travail pour le week-end. Il n’a de plus qu’une faible visibilité sur sa charge de travail à venir et il peut même être embauché sous un statut précaire.  Quand au salaire pour lequel le consultant réalise cela, il est dans certains cabinets – que je ne citerai pas par pure lâcheté car ne voulant pas m’attirer d’ennuis –  tout à fait insuffisant au vue du niveau de diplôme, des responsabilités et des tâches demandées (inférieur à 2000 euros net par mois). L’ergonome interne connait moins de variation de sa charge de travail :  de tous les ergonomes internes abordant des problématiques liées au travail que je connaisse, tous sans exception sont surchargés de travail toute l’année ! Ils s’en tirent souvent un peu mieux côté déplacements et salaires.

Il est frappant de constater que dans certains cabinets intervenant sur des problématiques liés au travail, l’ergonome peut être le salarié d’autres ergonomes ou d’autres professionnels intervenant sur la question des conditions de travail, et vivre quand même des conditions de travail difficiles, telles que décrites plus haut. Passons sur le fait qu’il existe dans notre métier comme dans tout autre des individus peu scrupuleux prompts à exploiter le travail d’autrui à des fins d’enrichissement ou de reconnaissance sociale (eh oui ! et encore, je ne parle pas ici du sort réservé aux thésards par certains mandarins). Néanmoins, j’avancerai une autre explication : il semble admis que les ergonomes réalisent ce métier par passion voire par vocation. Ceci se comprend aisément au vue de l’objet de l’ergonomie du travail, ainsi que de l’histoire de l’ergonomie en France, de son lien fort avec les organisations syndicales et leurs combats. Quand on travaille pour le bien commun, il est « logique » de ne pas compter ses heures et sa peine. Ainsi, revendiquer une moindre charge de travail, des compensations pour les déplacements ou une rémunération plus importante peut implicitement signifier que nous ne sommes pas aussi passionnés par notre métier que nous le prétendons et que nous plaçons le bien-être d’autrui après le nôtre. Il est difficile pour un salarié d’adopter ce positionnement : c’est aux employeurs de prendre leurs responsabilités, en ergonomie comme dans tous les autres secteurs.

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Une réponse à “Du cordonnier

  1. Toujours aussi mal chaussé… Ca devrait faire écho chez beaucoup d’ergonomes. Ce qu’il serait intéressant de savoir, c’est comment, au-delà du pouvoir donné par la passion et la vocation, l’ergonome fait-il pour tenir le cap (les ergonomes que je connais ont toujours le sourire aux lèvres). Les soirées dégustation marchent-elles à tous les coups?

    Super article! Génial d’en parler! (pas si lâche que ça donc…)
    Ca donne de l’espoir à un novice comme moi!

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